Récit d’un prof du lycée Mozart, du Blanc Mesnil (93)
Comme vous le savez, il y avait des grèves. La situation au lycée était assez confuse: grèves plutôt minoritaires contre la réforme, blocages de temps en temps des élèves, rumeurs de suppression de postes mais rien de précis. Je n’avais pas obtenu des collègues qu’on discute sérieusement en AG de nos projets pour l’année prochaine pour éviter de rentrer en concurrence sur les postes, le proviseur n’organisait surtout pas de réunion d’information, le vieux routard rusé de délégué syndical bloquait toute demande d’éclaircissement au proviseur au prétexte qu’on ne pouvait pas lutter contre la réforme et demander comment elle allait être appliquée tout en n’impulsant pas réellement de mobilisation contre la réforme…
Les rumeurs de suppression de postes se sont précisées vers 3 postes (qui correspondaient à des gens déjà partis) quand un collègue du noyau mobilisé plutôt un peu radical et très populaire chez les élèves s’est vu signifier assez brutalement que son poste était supprimé. Ca a provoqué un débrayage instantané pour obtenir des explications de l’administration. Là on a appris qu’en fait 5 postes seraient supprimés, mais ce n’était pas dit clairement. On a obtenu une demi-journée d’information sur l’année prochaine. Par ailleurs, on a demandé un rendez-vous au rectorat. (normalement ce genre de choses, c’est le proviseur qui le fait, si j’ai bien compris). Ensuite, ça s’est précipité. Le proviseur est tombé malade (pour longtemps) le jour du conseil d’administration où ce qui était présenté était périmé. D’où bronca des profs, des parents et des élèves. Certains jours les élèves ont bloqué. Bref, le lycée commençait à être très sérieusement perturbé depuis une quinzaine de jours. On a obtenu notre rendez-vous le mercredi matin suivant. Ils ont eu l’air de découvrir la situation, mais c’est la première fois de ma vie que je participe à ce genre de délégation, donc je ne sais pas faire la part de l’esbrouffe.
Evidemment, il y avait rassemblement (pas mal de profs, pas trop d’élèves, mais c’est à plus d’1h1/2 en transports du lycée;). On a imposé qu’un élève fasse partie de la délégation, ce qui a modérément plu au rectorat. Apparemment la situation de blocage n’avait pas remonté en haut lieu et leur faisait peur. L’autre poste qu’on défendait ne correspondait pas à un départ forcé mais se trouvait en STG (éco-gestion). Le rectorat a vu qu’il ne pouvait pas opposer les profs des matières générales (notamment SES) et des matières technologiques (notamment éco-gestion) malgré ses tentatives. Ils nous ont demandé de calmer les élèves et on leur a expliqué qu’on n’y pouvait rien. Ils nous ont promis une réponse pour dans une dizaine de jours. On a réalisé juste après qu’on s’était faits rouler dans la farine. On hésitait sur le début de notre grève reconductible. Finalement, le lendemain on a prévenu le rectorat qu’il nous fallait une réponse le vendredi (le lendemain donc) sous peine de grève reconductible à partir du lundi. On a informé les lycéens de la situation. Et le soir les parents devaient venir pour la remise des
bulletins scolaires. On a transformé ce rendez-vous en réunion pour expliquer la situation aux parents, s’expliquer sur nos grèves, et parler des blocages. Entretemps le rectorat avait dépêché quelqu’un qui se trouvait alors sur place. Les parents ont été formidables.
Quelques attaques contre les grèves auxquelles on n’a même pas pu répondre tellement les autres parents ont répondu à notre place, et surtout, quand on leur a dit qu’un monsieur du rectorat était là, ils ont demandé qu’on le leur amène, ce qu’on a fait. Ils lui ont alors expliqué clairement, de façon pas forcément très nuancée et pas toujours policée, en bons parents du 93nord, ce qu’ils pensaient des suppressions de postes, de la façon dont leurs enfants des quartiers étaient traités, de la dégradation des services publics, de comment ils étaient mal reçus à pole emploi, qu’ils ne voyaient pas très bien ce qu’il y avait à négocier les choses étant très claires, il fallait rendre ces deux postes, et j’en passe, en concluant qu’attention leurs jeunes aussi étaient mobilisés et qu’ils les soutenaient. Le monsieur a du promettre une réponse pour le lundi devant les parents. On a accepté de suspendre notre grève jusqu’au lundi soir, on a reexpliqué ensuite au monsieur que non, on ne voyait qu’un moyen de calmer les parents et les élèves, et le lundi soir on a eu nos postes sans même avoir eu besoin de faire grève…
Est-ce qu’on a gagné si rapidement à cause de leur grande peur des banlieues, de la proximité des régionales, de l’absence de mobilisation ailleurs ce qui fait que là où ça réagit ils reculent, parce que notre proviseur n’avait rien fait pour défendre le lycée alors que les suppressions de postes ne tenaient pas techniquement ???? Ce qui est sûr, c’est que le fait qu’il y aie une certaine unité profs parents élèves, mais aussi profs CPE et pions et personnel de service, joue fortement en notre faveur.
Un prof